samedi 4 février 2012

- Les Rosart, les Coffe, les Thomas et les Allix


13 - IV - Les RACINES : Les Rosart, les Coffe, les Thomas et les Allix



Ce knol fait partie de la collection Chronique-d'une-famille-lorraine...
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« L’Eugène », comme son père Marius et son frère Georges ROSART déjà, a exercé un autre métier que cultivateur. Ses parents avaient décidé de lui faire poursuivre des études, ce qui a dû faire du bruit dans Landerneau. En effet à l’époque dans ces campagnes, la règle qui prévalait était souvent évoquée par les parents lorsqu’ils parlaient de l’avenir de leur progéniture. « S’il ne veut pas travailler, on lui fera faire des études » disaient les vieux du village, ce qui en dit long sur la considération qu’ils pouvaient avoir pour celui qui osait quitter la terre. C’est ainsi que mon père séjourna plusieurs années comme interne au collège de Matzenheim (67) où il obtint l’ « Abitur » dès avant la guerre de 1914. Né en 1892, il dut faire la guerre dans l’armée allemande puisque la Moselle était allemande depuis 1870. Mon grand-père maternel, Ernest THOMAS avait dû lui aussi faire son service militaire dans l’armée allemande. Il était matelot sur le Hohenzollern. On notera que mes parents et mes grands-parents étaient parfaitement bilingues. Ils étaient tous allés à l’école allemande entre 1870 et 1918. Ils parlaient, lisaient, écrivaient couramment le hochdeutsch en plus, évidemment, d’un français de bon niveau que l’on parlait toujours en famille à la maison.

Mon grand père, Marius est au centre

Pendant la grande guerre, la famille Rosart, Marius, Apolline, Maria, Georges et Eugène habitent 20, rue Franchepré à Joeuf, où Marius a acheté la librairie Pérard, (renseignements aimablement communiqués par R. Martinois, Président du Cercle d'Histoire de Joeuf). En fait il s'agit peut-être d'un héritage, car son arrière-grand-père Joseph Rosart, notaire royal, avait épousé une Barbe Pérard (1762-1842). Marius, libraire de fait, est aussi occasionnellement éditeur de cartes postales.  Georges travaille à la librairie paternelle, tandis que Eugène,  dès son retour de mobilisation (pour cause de blessure), est employé chez De Wendel.


Infirmerie militaire allemande sur le front de l'est en 1915





                     
        La librairie Rosart succède à la librairie Pérard au N° 20, rue Franchepré à Joeuf

        
Une carte postale "Édition ROSART" aimablement communiquée par  Roger Martinois président du Cercle d'Histoire de Joeuf (54)   (Le timbre mentionne 1912)  

Après la fin de la guerre en 1918, la Moselle étant redevenue française, mon père eut plusieurs employeurs. Après avoir été commis épicier chez De Wendel à Joeuf (54), puis gérant d’épicerie à Vic-sur-Seille, il revint à Lezey pour tenir le guichet avec standard téléphonique que La Poste de l’époque avait installé dans leur cuisine. C’est à ce moment qu’il fréquenta Léone THOMAS, la fille du directeur de la Saline de Salées-Eaux à Ley, laquelle deviendra son épouse, puis ma mère. Å propos du standard téléphonique, il parait que mon père, pour faire sa cour à Léone, laissait en permanence la connexion ouverte avec la Saline. Il s’ensuivait que Léone entendait les conversations privées qui transitaient par le standard, et que de même, les correspondants entendaient parfois des déclarations d’amour qui ne leur étaient pas destinées. Pour faire cesser cette situation anormale et un peu cavalière à ses yeux, mon grand-père Ernest THOMAS, moraliste à ses heures, proférait à haute et intelligible voix des grossièretés depuis son bureau en donnant aussi son adresse. Les fraudeurs amoureux étaient ainsi démasqués.
Un exemple de grossièretés en alexandrins :

Et un exemple de sentence du moraliste sans illusion qu’il était, car il connaissait bien l’humanité dont il faisait partie :
                  « Dans la vie il faut être bon avec les gens. Mais surtout pas bonbon car on se ferait sucer ».

Eugène ROSART fut embauché en 1935 comme régisseur du Domaine de Ketzing, par Mademoiselle De Curel qui administrait encore elle-même ses biens. Mon père lui rendait compte régulièrement de sa gestion en se rendant la voir à Paris. Ce n’est qu’après la guerre que Mademoiselle De Curel fut assistée d’un administrateur judiciaire.
Mon père avait une sœur, Maria décédée après sa majorité et un frère Georges, célibataire qui exploitait la ferme familiale. Après son décès, mon père confia l’exploitation agricole à des fermiers, la famille PERRIN. Ils y sont restés trente ans jusqu’à ce que nous vendions le bien à la SAFER de Lorraine. Nous gardions pour maison de campagne la propriété située de l’autre côté de la D955, en face de la ferme. Cette propriété était constituée d’un « deux pièces » que mon père avait fait aménager dans une grange désaffectée, de ses dépendances (clapier, poulailler, baraque en bois servant de remise pour le bois et les outils de jardinage) et d’un hectare de verger, ainsi que du « chalet », un  ancien restaurant que nous avions racheté à Madame CABOCEL parce qu’il était construit à l’emplacement d’une maison qui aurait appartenu à la famille de ma grand-mère Apolline COFFE. La maison avait été démolie à la guerre de 1914 et jamais reconstruite. Chez les ROSART on cultive les souvenirs.
         Une noce se rendant à l’hôtel de Lorraine (veuve ROUSSELOT) qui existait à l’emplacement du chalet actuel.




Å la place de l’hôtel, un chalet, et derrière le chalet, un deux-pièces, notre maison de campagne pendant des années. Chalet et maison de campagne font face à la ferme Rosart de l’autre côté du CD 955.



Cette dernière adresse à Lezey a été vendue lorsque ma mère Léone THOMAS, devenue veuve, ne put plus s’y rendre à cause de son grand âge.

Lezey est aussi le village de ma mère, car son père Ernest THOMAS, était directeur de la Saline de Salées-Eaux située sur le ban de la commune de Ley (ancienne annexe de Lezey), mais géographiquement proche. 

Extrait du plan cadastral de la commune de Ley

Il s’y était installé le 1er Novembre 1910 à la suite du départ de Monsieur BODET dont la voiture était connue dans la région pour ses « Pouet-Pouet ».. Ma mère était née à Dieuze, petite ville voisine. Ses parents Ernest et Lucie-Anna, ses grands-parents ainsi que sa sœur tante Renée, ma marraine, y sont enterrés. Ernest et Lucie sont décédés tous deux de chagrin en Mai et Avril 1945, après la destruction de la Saline par les Américains. Pour mémoire, il faut relater les faits. Tous ceux qui restaient de notre famille au retour de la Haute-Vienne, suivaient au plus près l’avancée des alliés. Ainsi nous étions à Arracourt lorsqu’eut lieu la bataille de chars de Juvelise. Chaque semaine mon grand-père se rendait sur les collines de Xanrey d’où l’on pouvait voir Lezey. Après quatre années d’absence tout allait bien apparemment puisque les bâtiments étaient encore debout. Un jour à son grand désespoir il constate du haut des collines que « sa saline » a été rasée. Mes grands-parents en tombèrent malades tous les deux et ne s’en remirent pas. Lucie mourut le 04 Avril 1945, Ernest le 29 Mai 1945, sans avoir remis les pieds chez eux. J’écris ces lignes le 08.05.2010, jour anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie le « 08 Mai 45 », soixante-cinq ans après, j’ai pour eux une pensée émue.

      Ernest THOMAS et Lucie ALLEMANN-ALLIX.           Ernest en tenue de matelot du Hohenzollern





                 Article dans Le Lorrain du 3 Mai 1951 évoquant la disparition du Pépère Ernest THOMAS.

Les salines de Lezey ont été successivement désignées sous les appellations suivantes :
en 1170 Salsa Aqua – en 1268 Salinaria de Salsa Aqua – en  1416 Puits de Salées-Eaux qui donna Saléaux. C’était une propriété de l’Abbaye de Salival qui accorda en 1214 à l’Abbaye de Beaupré (Meurthe et Moselle) une participation aux récoltes des terres et du puits. En 1390 l’Abbaye de Beaupré renonça à ce droit. En compensation elle obtient de l’Abbaye de Salival des biens à Lezey. En 1420 l’évêché de Metz participe à l’exploitation de la Saline. En 1468 l’évêché prend la Saline à son propre compte. Pour dédommager l’Abbaye de Salival il lui accorde une rente sur les Salines de Moyenvic.
Dans la suite des temps elle s’appelle « Saline CABOCEL ». En 1756 l’exploitation est arrêtée et les puits bouchés en 1789. En 1843 l’exploitation reprend.
La saline où habitaient mes grands-parents maternels, le Pépère et la Mémère THOMAS. Le village à l’horizon à droite est Juvelise.
Un bâtiment abritant les stocks
Les bâtiments abritant les poêles avaient de hautes cheminées.

Et quelques photos techniques pour évoquer le travail d’extraction du sel :
Mr LACAZE  récoltant le sel dans les poêles.      Transport par camion doté de  pneus pleins.

Je donne ci-dessous quelques informations sur les salines de la région, celle de Salées-Eaux en particulier.







Voir aussi l'article signé de Bruno SCHOESER dans La Revue Lorraine Populaire N° 136 de JUIN 1997. Et les sites suivants:
La présence d’eau salée dans le sous-sol de la région lui a donné son nom, le Saulnois. Sur les terres les plus humides pousse la passe-pierre ou salicorne qu’on récoltait à la fin juin, avant qu’elle ne devienne rouge et dure. Conservée dans du vinaigre blanc avec des épices à petits cornichons, on la mangeait en accompagnement avec la viande de pot-au-feu et surtout avec le fameux et délicieux pâté lorrain. La région a décidément bien des ressources culinaires. Les recettes sont nombreuses mais les caractéristiques essentielles à respecter absolument pour un pâté lorrain digne de ce nom sont données ci-dessous. Elles sont tirées du  knol:  Beauté-divine-crénom-de-dieu  dans la collection: Réflexions-et-paroles-en-lair.
« Je pourrais poursuivre comme cela longtemps, la nature n’est faite que de beauté, mais avant  de conclure je souhaite faire un cas particulier d’une pure merveille, je veux parler du Pâté Lorrain, le vrai, celui qui est confectionné avec amour et délectation, suivant la recette de chez nous, c'est-à-dire avec de la pâte feuilletée au beurre,  de la viande en morceaux, moitié porc moitié veau, marinée toute une nuit dans un vin sec, le gris de Vic-sur-Seille, avec ce qu’il faut d’épices et de sel, ni trop ni trop peu, sortant du four doré à point, pas brûlé mais brûlant, les quatre coins du rectangle de pâte cuite relevés fièrement, comme en érection sous l’effet de la chaleur intense, la cheminée centrale ménagée dans la pâte du couvercle  sur le dessus au centre dégageant son fumet incomparable. Qui n’a pas un jour dégusté ce chef-d’œuvre culinaire ne connaît rien du plaisir divin qui toujours doit accompagner la beauté divine. Et s’il ne se ressaisit pas rapidement en allant du côté de Sarrebourg se procurer ce chef d’œuvre éphémère,  il risque de mourir sans avoir vécu, ce qui serait un comble ».
Le fameux le e fameux pâté lorrain et le non moins fameux…………….Gris de Vic.


Pour la recette détaillée voir: La recette du bon pâté lorrain
Avertissement : dans cette recette on remplacera avantageusement le Riesling par le fameux Gris de Vic sur Seille étrangement ignoré par le cordon bleu qui l’a rédigée. De toute façon pour accompagner le pâté pendant le  repas, il faut le Gris de Vic.
Généalogie:
Pour élargir l’horizon de nos origines, je donne ci-dessous les liens permettant d'accéder aux autres branches descendantes, celles dont sont issus mes grands-parents paternels et maternels, ce sont les COFFE du côté paternel, les THOMAS et ALLEMANN-ALLIX côté maternel.




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